Critique des anciens premiers ministres de Macron qui « font semblant de ne pas le connaître »
Dans une interview sur BFM TV RMC - Face à Face avec Apolline de Malherbe le 2 juin 2026, Raphaël Glucksmann commente les candidatures déclarées ou pressenties des anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron. Il se dit « fasciné » par le spectacle de ces responsables politiques qui prennent la parole de façon individuelle en disant « je, je, je » tout en prenant leurs distances avec le président qu'ils ont servi. Il estime que les différences entre Gabriel Attal et Édouard Philippe sont introuvables et que les électeurs macronistes « sont très perdus ». Il dénonce ce qu'il considère comme une posture d'amnésie politique : « c'est littéralement hallucinant, ils vous expliquent qu'ils n'ont jamais rencontré Emmanuel Macron. Enfin, ils ont été premiers ministres d'Emmanuel Macron ». Il recourt à une analogie historique en comparant ces responsables à « des ministres de Louis XVI qui en 1789 se transforment soudainement en révolutionnaires ». Il pointe la contradiction centrale de leur démarche : ils promettent tous « une rupture incroyable », mais cette rupture ne peut porter que sur les dix années durant lesquelles ils détenaient eux-mêmes le pouvoir.
« C'est un peu comme des ministres de Louis XVI qui en 1789 se transforment soudainement en révolutionnaires. Ils promettent tous une rupture incroyable. Une rupture par rapport à quoi ? Une rupture par rapport aux 10 années où ils avaient le pouvoir. »
Raphaël Glucksmann
Transcription verbatim
Raphaël Glucksmann Je suis fasciné par une chose en ce moment, si vous me le permettez, c'est les anciens premiers ministres d'Emmanuel Macron qui viennent et qui disent «je, je, je », expliquez-moi la différence entre Gabriel Attal et Édouard Philippe, franchement je pense que les électeurs macronistes sont très perdus, et qui disent «je, je, je» et qui font semblant en plus de ne pas connaître Emmanuel Macron. C'est-à-dire que c'est littéralement hallucinant. Moi j'écoute vos entretiens, quand ils viennent chez vous, ils vous expliquent qu'ils n'ont jamais rencontré Emmanuel Macron. Enfin, ils ont été premiers ministres d'Emmanuel Macron. Voilà, c'est un peu comme des ministres de Louis XVI qui en 1789 se transforment soudainement en révolutionnaires. Ils promettent tous une rupture incroyable. Une rupture par rapport à quoi Une rupture par rapport aux 10 années où ils avaient le pouvoir.
Raphaël Glucksmann en vidéo : Social
Déclarations de Raphaël Glucksmann sur la solidarité, la pauvreté et la protection sociale.
Retraites : abroger pour réformer sur la base de la justice sociale
Dans une interview sur France TV - C'est à vous, diffusée le 23 juin 2025, Raphaël Glucksmann expose sa position sur la réforme des retraites face à Anne-Élisabeth Lemoine et Patrick Cohen. Il affirme vouloir abroger la réforme en cours, tout en précisant qu'il ne s'agit pas de revenir au statu quo : « C'est pas juste revenir au statu quo ante. On sait que le système est menacé, qu'il faut qu'il y ait un équilibre, mais il faut qu'il y ait un équilibre qui soit basé sur la justice. » Il critique la focalisation du débat sur le seul âge légal de départ, estimant que l'enjeu central réside dans la prise en compte des inégalités de parcours professionnels. Il développe un raisonnement fondé sur la pénibilité et l'espérance de vie : les travailleurs ayant des carrières pénibles, dont l'espérance de vie à la retraite est plus courte, devraient pouvoir partir plus tôt, tandis qu'un cadre disposant d'une espérance de vie plus longue pourrait partir plus tard. Il conclut en définissant l'objectif d'une réforme alternative : préserver l'équilibre du système de retraites en plaçant la reconnaissance des inégalités de parcours au cœur du dispositif. Il déclare : « Ne pas faire de la reconnaissance des inégalités de parcours le cœur même de ce système, c'est finalement perpétuer l'injustice ». Il se montre prudent quant aux suites concrètes, évoquant le conclave en cours.
Transcription verbatim
Raphaël Glucksmann On explique noir sur blanc qu'on veut abroger cette réforme, c'est-à-dire proposer une autre réforme.
Anne-Élisabeth Lemoine Il faut tout revoir ?
Raphaël Glucksmann C'est pas juste revenir au statu quo ante. On sait que le système est menacé, qu'il faut qu'il y ait un équilibre, mais il faut qu'il y ait un équilibre qui soit basé sur la justice. Mais disons-le très clairement, le problème de ce débat depuis le début, c'est qu'il s'est focalisé de part et d'autre simplement sur l'âge légal. Or, en réalité, il faut que les gens qui ont des carrières pénibles pussent partir tôt à la retraite. Leur espérance de vie une fois à la retraite est d'ailleurs beaucoup plus courte que les autres. Par contre, quand vous êtes un cadre qui gagnez bien votre vie et qui avez une espérance de vie de 30 ou 40 ans après, vous pouvez partir plus tard. Et finalement, l'esprit de la réforme qu'on proposerait, attendez, enfin là on est dans la spéculation pure parce que peut-être que le conclave va déboucher sur quelque chose de concret.
Anne-Élisabeth Lemoine Oui, on reste très prudent.
Raphaël Glucksmann On l'espère. Et on l'espère, ce serait surtout une formidable nouvelle démocratique. Mais nous, ce qu'on veut proposer, c'est une réforme qui pense à l'équilibre de notre système, parce qu'on doit le préserver, en se basant sur l'idée de justice. En ne pas reconnaître ou ne pas faire de la reconnaissance des inégalités de parcours le cœur même de ce système, c'est finalement perpétuer l'injustice.